lundi 31 mars 2008

Poésie et récit - CM littérature générale

Partie du CM 5 de D. Alexandre


Question complexe. Il subsiste bien du récit dans les poèmes. Mais... fonction du récit ? Normalement caractérisé par narrativité qui, pour Genette, pour Ricoeur, est une transformation. Ex : je marche --> transformation, c'est bien narratif. Fonctionne avec de l'intentionnalité. Du coup, nombreux poèmes de notre programme ont trait au récit. Ce qui est transformé par le poème, c'est toujours le MOI. MAIS s'oppose à théorisation du lyrisme au XIXème et XXème siècle, comme opposé au fait de raconter ! C'est le cas depuis le XVIIIème s. S'oppose par rapport à la poésie épique et dramatique.

"la poésie est deux fois lyrique dès que l'action s'arrête." (Abbé Batteux)
Et le XIXème siècle accentue cela :
- Disparition progressive de l'épopée : le dernier poète à en faire est V. HUGO (penser aussi que l'épopée avait à voir avec les sentiments nationaux...). Il y avait aussi quelques épopées scientifiques à l'époque, sur le modèle du De natura Rerum de Lucrèce.
- Théâtre va plus s'écrire en vers mais en prose, vers libres ou versets.
Alors poésie va tendre de + en + à se confondre avec le yrisme. Et la distinction se fera alors avec la prose qui s'identifiera au roman et au théâtre.
Prose et poésie vont s'opposer comme la langue quotidienne va s'opposer à la langue poétique. C'est d'ailleurs le moment où la qualité d'un ouvrage va être jaugée de façon linguistique. Les poètes majeurs sont au coeur de ces questions : Mallarmé et ses héritiers. (Cf. Oeuvres complètes de Mallarmé, p. 368, éd. H Mondor). Oppposition de la "littérature", c'est-à-dire de la poésie lyrique à tout le reste : écriture didactique, descriptive, narrative --> il les assimile au "reportage" ! L'exigence n'est pas de contenu de texte mais ETHIQUE. C'est exiger une langue poétique travaillée.
Du reste Paul Valéry, dans Variétés, dans le texte "Sur Mallarmé" salue l'exigence linguistique de Mallarmé en disant :
"La littérature rejoint le domaine de l'écriture."
Avoir conscience de ce qu'on écrit : travail, maîtrise de l'écriture. Pas d'abandon au flot du récit. Exigence intellectuelle et moral. D'où écriture hermétique de Mallarmé.
"Tout ce qui plaît à la plupart a été expurgé de cette oeuvre."
" Rien de ce trop humain qui avilit tant les poèmes." (Mallarmé)
Correspond à un effort de la langue. Pensée en opposition avec le réel. Y. Bonnefoy dit :
"Le seul acte de Valéry est de se retirer de tout acte pour enrichir d'une part d'intériorité divine notre intériorité limitée."
L'écriture lyrique se pose donc comme une écriture active et non passive. Le poète n'est pas celui donc qui s'abandonne à l'intériorité mais qui cherche à la maîtriser -> sublimation du sensible. Poésie tend de + en + vers Absolu, voulu et souhaité par la maîtrise de la langue.
La poésie pure, c'est ce qui subsiste quand on a tout enlevé. H. Brémond, dans une conférence à l'Académie Française dans les années 1920 dit que la poésie pure, c'est la part d'ineffable, d'indicible, présente dans le poème, qui excède les mots. C'est ce qui reste quand on a enlevé : "la narration, le drame, le didactisme, l'éloquence, les images, le raisonnement."
Une conception du lyrisme donc assez éloignée de la réalité, assez extrême.

jeudi 27 mars 2008

Littérature française XXème s. : CM 4

Cours du 27 mars 2008 de M. Guénoun

Retour sur I, 1 du Soulier de Satin


¤ L'annoncier : tâche que public fixe ses yeux sur un point. Sorte de confusion volontaire : point de la scène ou point du monde ? C'est toujours le cas au théâtre mais là attention sur ce point de façon claire comme point extrêmement déterminé du monde.

"Je pourrais les toucher avec ma canne. Autour du ciel." -> stylistiquement parlant, c'est très curieux. Phrase mystérieuse qui a du charme -> touche ambiguïté évoquée précédemment.
Point à égale distance est et ouest et comme à l'aplomb de qqc entre ciel et mer. Rapport extrêmement allusif, peut-être, à Heidegger, à sa structure interne de l'homme comme divisé en 4 points. Claudel les détermine presque géographiquement -> qqc comme un point central là.
A partir de là, Annoncier va décrire ce qu'il voit sur scène. Avec importance des déictique.

"Comme vous voyez" -> acteur a là un travail particulièrement ingrat, fait de décrire -> c'est assez anti-théâtral. On pourrait imaginer cas où tâche acteur serait de montrer vraiment le décalage... Or, énoncés visiblement tautologiques qui sont parfois assez violents. En tout cas, devra sans doute travailer sur l'écart mais avec difficulté ici.
Il enchaîne sur énoncé non-tautologique -> C'est A qui est NON-A. Là, vrai écart... qui est l'essence-même du théâtre !


¤ Le Père Jésuite : On retrouve peut-être là qqc de la quadripartition "égale distance de ce monde ancien [...] et de l'autre nouveau.". Tout le discours du père adressé à Dieu -> dimension céleste. Et là apparaît la croix :
+ -> n'aurait-ce pas aussi à voir dans division en 4 ?
MAIS cette croix "plus attachée à rien" -> elle flotte alors que d'habitude est ou plantée dans la terre ou transportée.
Parfois, on trouve formules extrêmement violentes dans la bouche des personnages de Claudel : là, c'est contre les musulmans et les protestants. MAIS ce n'est pas l'auteur qui parle. Néanmoins, crée impression de gêne. Et réflexion sur unité du monde qui est grande violence !
"Nouveau monde" -> il y a toujours ambiguïté... Espace ou temps ? Pour Claudel, certainement les deux. Pour lui, Colomb vraiment Christophe comme Christophore -> certain sens eschatologique qu'a pour lui la découverte de l'Amérique.
La situation du jèze fait tout le texte là quasiment : ce perso précisément là où il est, pour faire signe vers autre perso : son frère mais aussi son fils spirituellement parlant : Rodrigue. C'est l'idée que, au point où j'en suis, là où je suis ancré dans un point du cosmos, Dieu me regarde -> place qu'on occupe a position très imp. dans l'économie générale de l'univers : je réponds de qqc d'autre que moi. Cf. dernière réplique de la scène. Il y a une certaine dualité : nous ne sommes pas le même mais je réponds de qqun d'autre de très pécis. Qui n'est pas "tout autre" mais qui m'est destiné.
Tout ce texte = prière d'intercession, c(à(d qu'on "prie pour". Ce qui démarre cette prière, cf. haut p.20 -> on commence par séparation. Il y a ceux qui tournent la face vers le Seigneur et les autres qui tournent le dos mais là "il se figure". La suite évoque les paroles paradoxales de l'Annoncier + les paroles de l'épigraphe

"Dieu écrit droit avec des lignes courbes"
"Même les péchés [servent]" (St Aug')

La prière commence par constat d'une séparation donc (comme histoire du S. de satin) mais cette séparation est le constat d'une réunion. Après, c'est extrêmement dense...
Sur le désir / fait d'être désiré : c'est métaphysiquement pas la même chose ! Et c'est très imp. chez beaucoup, même si Lévinas pourtant bien différent de CLaudel ! Mais le désir d'Infini... L'absence me lie ! L'absence de l'autre est un lien. C'est l'absence de Dieu qui est un lien.
il s'agit des amants. Et le désir, cf. Le Partage de midi n'est pas éthéré -> il demande presque de le mettre à fond ! Le désir, qui s'affirme dans sa plénitude, se réalise aussi par l'absence maissurtout l'absence, l'intervalle, renvoie à l'intégrité primitive de mon moi d'être humain : c'est carrément puissant. Ce remplissement du Désir fait accéder à un manquequi renvoie à la plénitude humaine. Radicalité de l'absence n'est pas une métaphysique du malheur ! Ca va vers une joie en réalité.

Bienvenue !

Dernier semestre de licence, eh oui...

Cela n'empêche pas de continuer notre "oeuvre" entamée dès l'an dernier d'échange de cours : voici le blog consacré aux cours du 2ème semestre de L3 de Lettres Modernes à Paris IV Sorbonne = S6.

@ vous d'y participer pour que celui-ci soit intéressant !

Bien sorbonnardement,
Zabou