jeudi 27 mars 2008

Littérature française XXème s. : CM 4

Cours du 27 mars 2008 de M. Guénoun

Retour sur I, 1 du Soulier de Satin


¤ L'annoncier : tâche que public fixe ses yeux sur un point. Sorte de confusion volontaire : point de la scène ou point du monde ? C'est toujours le cas au théâtre mais là attention sur ce point de façon claire comme point extrêmement déterminé du monde.

"Je pourrais les toucher avec ma canne. Autour du ciel." -> stylistiquement parlant, c'est très curieux. Phrase mystérieuse qui a du charme -> touche ambiguïté évoquée précédemment.
Point à égale distance est et ouest et comme à l'aplomb de qqc entre ciel et mer. Rapport extrêmement allusif, peut-être, à Heidegger, à sa structure interne de l'homme comme divisé en 4 points. Claudel les détermine presque géographiquement -> qqc comme un point central là.
A partir de là, Annoncier va décrire ce qu'il voit sur scène. Avec importance des déictique.

"Comme vous voyez" -> acteur a là un travail particulièrement ingrat, fait de décrire -> c'est assez anti-théâtral. On pourrait imaginer cas où tâche acteur serait de montrer vraiment le décalage... Or, énoncés visiblement tautologiques qui sont parfois assez violents. En tout cas, devra sans doute travailer sur l'écart mais avec difficulté ici.
Il enchaîne sur énoncé non-tautologique -> C'est A qui est NON-A. Là, vrai écart... qui est l'essence-même du théâtre !


¤ Le Père Jésuite : On retrouve peut-être là qqc de la quadripartition "égale distance de ce monde ancien [...] et de l'autre nouveau.". Tout le discours du père adressé à Dieu -> dimension céleste. Et là apparaît la croix :
+ -> n'aurait-ce pas aussi à voir dans division en 4 ?
MAIS cette croix "plus attachée à rien" -> elle flotte alors que d'habitude est ou plantée dans la terre ou transportée.
Parfois, on trouve formules extrêmement violentes dans la bouche des personnages de Claudel : là, c'est contre les musulmans et les protestants. MAIS ce n'est pas l'auteur qui parle. Néanmoins, crée impression de gêne. Et réflexion sur unité du monde qui est grande violence !
"Nouveau monde" -> il y a toujours ambiguïté... Espace ou temps ? Pour Claudel, certainement les deux. Pour lui, Colomb vraiment Christophe comme Christophore -> certain sens eschatologique qu'a pour lui la découverte de l'Amérique.
La situation du jèze fait tout le texte là quasiment : ce perso précisément là où il est, pour faire signe vers autre perso : son frère mais aussi son fils spirituellement parlant : Rodrigue. C'est l'idée que, au point où j'en suis, là où je suis ancré dans un point du cosmos, Dieu me regarde -> place qu'on occupe a position très imp. dans l'économie générale de l'univers : je réponds de qqc d'autre que moi. Cf. dernière réplique de la scène. Il y a une certaine dualité : nous ne sommes pas le même mais je réponds de qqun d'autre de très pécis. Qui n'est pas "tout autre" mais qui m'est destiné.
Tout ce texte = prière d'intercession, c(à(d qu'on "prie pour". Ce qui démarre cette prière, cf. haut p.20 -> on commence par séparation. Il y a ceux qui tournent la face vers le Seigneur et les autres qui tournent le dos mais là "il se figure". La suite évoque les paroles paradoxales de l'Annoncier + les paroles de l'épigraphe

"Dieu écrit droit avec des lignes courbes"
"Même les péchés [servent]" (St Aug')

La prière commence par constat d'une séparation donc (comme histoire du S. de satin) mais cette séparation est le constat d'une réunion. Après, c'est extrêmement dense...
Sur le désir / fait d'être désiré : c'est métaphysiquement pas la même chose ! Et c'est très imp. chez beaucoup, même si Lévinas pourtant bien différent de CLaudel ! Mais le désir d'Infini... L'absence me lie ! L'absence de l'autre est un lien. C'est l'absence de Dieu qui est un lien.
il s'agit des amants. Et le désir, cf. Le Partage de midi n'est pas éthéré -> il demande presque de le mettre à fond ! Le désir, qui s'affirme dans sa plénitude, se réalise aussi par l'absence maissurtout l'absence, l'intervalle, renvoie à l'intégrité primitive de mon moi d'être humain : c'est carrément puissant. Ce remplissement du Désir fait accéder à un manquequi renvoie à la plénitude humaine. Radicalité de l'absence n'est pas une métaphysique du malheur ! Ca va vers une joie en réalité.

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